Mémorandum du Conseil des recteurs de la
Communauté française,
à lintention de Madame la Ministre Françoise Dupuis
le 21 mars 2000
0. Introduction
Les recteurs des institutions
universitaires de la Communauté française constatent que luniversité
daujourdhui est confrontée à une demande croissante de missions de grande
ampleur :
- assurer la formation dun nombre
croissant de diplômés de haut niveau, aptes à trouver un emploi au sein dune
société en mutation rapide ;
- renforcer l'encadrement approprié des étudiants en vue d'accroître les taux de
réussite;
- assurer le développement, en Belgique francophone, de la recherche scientifique
fondamentale ;
- contribuer au développement économique des régions par la recherche appliquée, la
valorisation de la recherche et la création de sociétés novatrices ;
- contribuer à la santé publique par lactivité des hôpitaux universitaires et la
recherche scientifique médicale ;
- intensifier la formation continue et faciliter la présence dadultes à
luniversité ;
- participer à la coopération avec les pays en voie de développement ;
- répondre aux interrogations de la société face, entre autres, à lémergence
dune globalisation mal comprise et souvent mal acceptée.
Les recteurs sont parfaitement conscients
de limportance de ces missions ; ils les approuvent et en assurent
lexécution. Ils lancent toutefois un cri dalarme : la pauvreté du
financement des institutions universitaires rendra bientôt celles-ci incapables de
répondre à la demande de la société. En effet :
- les budgets globaux sont en déficit
chronique ;
- les marges de manuvre sont inexistantes ;
- le grand entretien des bâtiments est compromis ;
- les programmes de construction sont interrompus ;
- la recherche fondamentale est sous-alimentée.
Les recteurs ont conscience de
lincapacité, pour la Communauté française, de répondre dans limmédiat
à lensemble de leurs demandes. Ils estiment toutefois indispensable dadopter
dans les délais les plus brefs un plan détalement sur quatre ans du refinancement
des institutions universitaires et de la recherche scientifique en Communauté française,
dont les premiers effets devraient apparaître dans le budget 2001.
1. Lallocation de fonctionnement
1.1 Etat des lieux. Un ensemble de
données relatives à lenseignement universitaire sont rassemblées dans lannexe 1 au présent document.
On en retient les constatations suivantes, bien connues des experts :
- de 1971 à 1996, le nombre
détudiants est passé de 37.000 à 61.000 ;
- le nombre annuel de diplômes de deuxième et troisième cycle a doublé ;
- la subvention totale aux universités, en francs constants, na pas changé ;
- de 1975 à 1997, le taux dencadrement sest fortement dégradé ; le
nombre détudiants par membre du personnel académique et scientifique est passé de
10,8 à 15,9 ;
- les tableaux montrent que lenseignement universitaire, par rapport aux autres
secteurs de lenseignement, a été le plus touché par les mesures déconomie
successives.
1.2 Le décret de 1998. Le dernier
décret relatif au financement des universités a figé lenveloppe globale et
consacré le principe de lenveloppe fermée. Il est utile de rappeler que le montant
de lenveloppe se référait à une subvention antérieure affectée dun
coefficient réducteur. Les recteurs attirent lattention de la ministre sur les
éléments suivants, développés dans lannexe 1 : Le dernier
décret relatif au financement des universités a figé lenveloppe globale et
consacré le principe de lenveloppe fermée. Il est utile de rappeler que le montant
de lenveloppe se référait à une subvention antérieure affectée dun
coefficient réducteur. Les recteurs attirent lattention de la ministre sur les
éléments suivants, développés dans lannexe 1 :
- aucune revalorisation significative du
financement de base nest intervenue ;
- la prise en compte de nouveaux étudiants sest faite dans le cadre dune
enveloppe fermée, sans aucun moyen nouveau, et donc au détriment du financement
dautres étudiants ;
- à ce titre, laide accrue aux étudiants de première génération, annoncée dans
le décret, nest pas suivie deffet ;
- le principe de lenveloppe fermée est une source de compétition malsaine entre
universités ; tout gain de lune se fait au détriment des autres, même si ces
dernières ne perdent pas détudiants.
1.3 Revendication. Le Conseil des
recteurs estime quil est indispensable daccroître lenveloppe de
financement des universités, en francs constants, à concurrence d 1 milliard de
francs au plus tard à lhorizon du budget 2004. Un tel accroissement représente
6% de lenveloppe actuelle, soit 1.5% par an dès lannée 2001. Une liaison de
lenveloppe de financement des universités à la croissance en termes réels du
produit intérieur brut permettrait de répondre à cette demande et aurait pour
conséquence Le Conseil des
recteurs estime quil est indispensable daccroître lenveloppe de
financement des universités, en francs constants, à concurrence d 1 milliard de
francs au plus tard à lhorizon du budget 2004. Un tel accroissement représente
6% de lenveloppe actuelle, soit 1.5% par an dès lannée 2001. Une liaison de
lenveloppe de financement des universités à la croissance en termes réels du
produit intérieur brut permettrait de répondre à cette demande et aurait pour
conséquence
- denrayer le déficit chronique des
budgets universitaires ;
- daméliorer lencadrement des étudiants de première génération ;
- délaborer une stratégie universitaire dans chaque institution.
1.4. Proposition.
1.4. Proposition. Afin de réduire la compétition
exacerbée entre universités et permettre à celles-ci de mettre en place une
planification budgétaire à moyen terme, les recteurs demandent que la répartition
des allocations des universités se fasse au prorata de la moyenne calculée sur 10 ans
des NPES (Nombres pondérés d'étudiants subsidiables) (au lieu des 4 ans actuels),
moyenne calculée progressivement depuis le 1er février 1996.
2. Les investissements immobiliers
2.1 Etat des lieux. Les
institutions universitaires disposent aujourdhui dun parc immobilier dont la
valeur de reconstruction est estimée à 80 milliards. Un certain nombre de bâtiments ont
été construits il y a quelques dizaines dannées et nécessitent un grand
entretien. Dautres sont vétustes et doivent faire lobjet dune
modernisation ou dune reconstruction. Le maintien des bâtiments universitaires en
bon état de fonctionnement est une nécessité absolue pour lavenir de
léducation ; il serait aberrant cependant que le financement destiné à
lencadrement et à la recherche soit utilisé pour les constructions et leur
entretien. Les
institutions universitaires disposent aujourdhui dun parc immobilier dont la
valeur de reconstruction est estimée à 80 milliards. Un certain nombre de bâtiments ont
été construits il y a quelques dizaines dannées et nécessitent un grand
entretien. Dautres sont vétustes et doivent faire lobjet dune
modernisation ou dune reconstruction. Le maintien des bâtiments universitaires en
bon état de fonctionnement est une nécessité absolue pour lavenir de
léducation ; il serait aberrant cependant que le financement destiné à
lencadrement et à la recherche soit utilisé pour les constructions et leur
entretien.
En 1991 (plan Ylieff), un montant annuel de
450 millions était consacré au grand entretien. Le décret de 1998 prévoit en 2004
d'atteindre un montant annuel de 300 millions, qui est tout à fait insuffisant par
rapport aux besoins.
2.2 Besoins réels de grand entretien.
Le Conseil des recteurs a étudié les besoins de grand entretien tels quils se
présentent aujourdhui. Les résultats de létude sont repris dans lannexe 2. Les spécialistes
estiment quil est nécessaire de consacrer au grand entretien une enveloppe annuelle
égale à 1.5% de la valeur de reconstruction des bâtiments. Une telle norme, utilisée
pour les bâtiments publics, fait en sorte que les édifices gardent à tout moment la
capacité de répondre aux fonctions pour lesquelles ils ont été conçus.
Le Conseil des recteurs a étudié les besoins de grand entretien tels quils se
présentent aujourdhui. Les résultats de létude sont repris dans lannexe 2. Les spécialistes
estiment quil est nécessaire de consacrer au grand entretien une enveloppe annuelle
égale à 1.5% de la valeur de reconstruction des bâtiments. Une telle norme, utilisée
pour les bâtiments publics, fait en sorte que les édifices gardent à tout moment la
capacité de répondre aux fonctions pour lesquelles ils ont été conçus.
Pour un parc immobilier de 80 milliards,
il sera donc nécessaire de consacrer, à moyen terme, une enveloppe annuelle de 1,2
milliards pour le grand entretien des bâtiments universitaires.
2.3 Nouveaux investissements. Les
recteurs ont examiné létat dachèvement des divers sites universitaires
ainsi que la nécessité de compléter le parc immobilier de certaines institutions pour
faire face à laccroissement du nombre détudiants au cours des vingt
dernières années ainsi quau vieillissement excessif de certains bâtiments. Les
recteurs ont examiné létat dachèvement des divers sites universitaires
ainsi que la nécessité de compléter le parc immobilier de certaines institutions pour
faire face à laccroissement du nombre détudiants au cours des vingt
dernières années ainsi quau vieillissement excessif de certains bâtiments.
Lannexe 3 fait état de normes
qui nous paraissent plausibles en matière despace nécessaire pour
laccomplissement des missions de luniversité, telles quelles sont
définies aujourdhui. Lannexe reprend aussi lensemble des demandes
formulées par les universités. Le total donne un investissement de 10 milliards qui
devrait être étalé sur une période denviron 5 ans. Les recteurs demandent au
ministre dexaminer les mécanismes financiers qui permettraient dentamer les
constructions dans les meilleurs délais, tant en matière de capital que
dintérêts.
3. Le financement de la recherche
3.1 Le recrutement académique. Au
cours des dix prochaines années, les universités vont être confrontées au problème
majeur du recrutement académique. A titre d'exemples, on sattend en effet,
dici 2010, à louverture de 250 postes à lUCL, de 200 à lULB et
de 185 à lULg. La concurrence européenne sera intense, car le même problème se
posera chez nos voisins en raison de lexpansion universitaire qui a commencé à la
fin des années soixante. Au
cours des dix prochaines années, les universités vont être confrontées au problème
majeur du recrutement académique. A titre d'exemples, on sattend en effet,
dici 2010, à louverture de 250 postes à lUCL, de 200 à lULB et
de 185 à lULg. La concurrence européenne sera intense, car le même problème se
posera chez nos voisins en raison de lexpansion universitaire qui a commencé à la
fin des années soixante.
Lattractivité des postes
académiques en Belgique est réduite sur le plan financier ; le salaire net
dun chargé de cours est peu compétitif si on le compare à ce qui est offert dans
les pays voisins. L'attractivité doit dès lors être liée à lenvironnement de
travail, en matière de financement de la recherche, dassistants,
déquipement, etc. La qualité du recrutement dépendra de leffort de notre
Communauté en matière de recherche fondamentale.
3.2 La recherche fondamentale. Les
recteurs lancent aux pouvoirs publics un sérieux avertissement en matière de financement
de la recherche fondamentale et de maintien du potentiel scientifique.
Les régions encouragent la recherche
appliquée et insistent sur l'importance de la valorisation. Il est évident que la
recherche fondamentale est le creuset de la recherche appliquée et son affaiblissement
donnerait un coup fatal à la valorisation économique. De plus, labsence de
financement ne nous permet pas de garder chez nous les meilleurs chercheurs, qui trouvent
ailleurs (ou dans le privé) la réalisation de leur vocation. La non-ouverture, en
lan 2000, de nouveaux postes de chercheur qualifié au FNRS est une bombe à
retardement dont nous subirons les conséquences dans la décennie. Il est utile de
rappeler que le plan Ylieff avait permis à de nombreux chercheurs de poursuivre leurs
activités au-delà du doctorat. Aujourdhui, ils sont confrontés à labsence
douverture de postes de chercheur qualifié.
Il nous paraît urgent de préparer un
plan dexpansion du FNRS, tant en matière de projets (pour encourager les jeunes
académiques), que de postes de chercheur et déquipement.